J’ai pris ce bus sur un coup de tête. Je n’avais pas prévu de voyager ce week-end, mais il fallait vraiment que j’aille là-bas pour le voir, lui parler. On avait besoin d’une vraie conversation pour recommencer sur de bonnes bases. Et je savais qu’il tenait encore à moi.
Et voilà, j’ai donc pris ce bus sur un coup de tête un soir. Neuf heures de route m’attendaient, mais ça passerait vite. C’était l’avantage de prendre la route de nuit.
J’ai pris ma place, incliné mon siège, j’allais m’allonger confortablement quand il s’est assis à côté de moi.
« _La place est libre?
_Ca dépend de toi! Ai-je répondu amicalement. »
Il s’est donc installé près de moi et a engagé la conversation. Il s’appelait Baptiste et était plus âgé que moi de deux ans. Dieu ce qu’il était beau.
Le bus a démarré en même temps que notre histoire. Au fur et à mesure que le paysage défilait nous en apprenions un peu plus l’un sur l’autre.
Lui allait rendre visite à des vieux amis, et moi j’allais retrouver mon ex. Lui avait une copine, et moi je ne savais plus bien où j’en étais. Lui était du genre parfait, et moi j’étais ensorcelée comme si chaque mot qu’il disait était un sort qu’il me jetait.
Lui et moi étions conscients que quelque chose s’établissait entre nous.
Au bout d’une heure lui était tout près de moi et me regarder dans les yeux, aussi bouleversé que je l’étais.
Quelques minutes plus tard ses lèvres approchaient les miennes. Quelques secondes plus tard on s’embrassait et s’enlaçait tendrement, là dans le bus au milieu d’une vingtaine de personnes endormies.
Nous étions ensemble, allongés l’un à côté de l’autre regardant le ciel étoilé par la vitre, savourant chaque instant, profitant de ce moment tous les deux, sachant qu’il était éphémère. Je crois même lui avoir dit que je l’aimais, comme ça. C’était sorti naturellement, comme si c’était normal d’aimer quelqu'un en si peu de temps. Je lui ai dit « je t’aime » comme toute personne aurait normalement dit « plaisir de t’avoir connu! »
J’ai passé la nuit dans ses bras. C’était la première fois que je m’endormais dans les bras d’un homme. On avait l’air d’être ensemble depuis des années, pourtant c’était juste l’histoire de quelques heures intenses à ses côtés. J’étais tellement bien, je me sentais en sécurité, à l’abri de tout dans notre bulle de passion.
La lumière du jour nous a réveillés, nous étions arrivés déjà.
Nous sommes descendus du bus et nous sommes dit au revoir. Chacun reprenait son chemin, sa vie.
Comme si rien ne s’était passé, il allait passer le week-end avec ses amis, puis rentrerait retrouver sa copine. Comme si rien ne s’était passé, j’allais me rendre chez mon ex pour nous donner une deuxième chance.
Nous n’avons échangé ni adresse ni numéro de téléphone, et notre belle romance s’est terminée à la gare routière.
Aujourd’hui j’ai quarante-sept ans et je me souviens encore de cette nuit. Je ne sais pas pourquoi cette passion me revient soudain à l’esprit ce soir.
Aujourd’hui encore, je ne saurais pas expliquer ce qu’il s’est passé entre Baptiste et moi. Nous étions deux adolescents de dix-sept et dix-neuf ans amoureux fous l’un de l’autre le temps d’un voyage, avant que la vie normale ne reprenne son cours et que l’on ne revienne à la réalité.
Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Il n’existe à présent que dans mes souvenirs.
A-t-il raconté un jour ce qui s’est passé entre nous? Ce sentiment étrange qui a fait que l’on était un vrai couple pour quelques kilomètres… A-t-il réussi à trouver de meilleurs mots que les miens pour décrire notre courte histoire?
Je n’ai jamais parlé de lui à personne. Sans doute parce qu’on ne m’aurait pas comprise. C’était un amour sans lendemain, une gentille folie d’enfants. C’était court et intense, c’était un rêve éveillé, une pause dans le temps, un autre univers… Puis plus rien.
Mais ce sont ces rencontres là qui marquent le plus nos cœurs.





